Claude Jean avait choisi de nous rappeler le souvenir de ceux d'entre eux qui, happés par la machine démente qui a broyé tant de vies, ont péri loin de la terre de France.
Ainsi, a été évoquée la vie, souvent bien courte, de ces instituteurs qui avaient choisi pour métier celui d'enseigner, d'éduquer, de transmettre le savoir, loin de soupçonner que leur destin était tragiquement scellé et que leur nom serait à tout jamais gravé sur le granit de ce monument enchâssé dans le bosquet de verdure qui surplombe l'IUFM.
Vous pouvez lire ci-dessous l'évocation de ces huit instituteurs, lue chacune par un élève de l'école Jean Errard.
Mesdames, Messieurs, chers Collègues, chers Enfants,
Merci à vous de partager ce moment du souvenir dédié à la mémoire des instituteurs « morts pour la France » et à travers ceux-ci à la mémoire de tous ceux qui ont laissé leur vie dans le conflit terrible,-parmi bien d’autres hélas-, que fut la guerre 14-18. Merci surtout à l’école annexe Jean Errard de nous accompagner une fois encore dans notre démarche.
Parmi tous ces instituteurs « Morts pour la France » au cours de cette guerre qui se déroula en partie dans le département qui était le leur, huit ont connu une fin tragique, à la fleur de l’âge, hors de la « mère patrie ».
Ce sont eux dont nous évoquerons cette année le destin, toujours grâce aux recherches de l’équipe des Dossiers documentaires meusiens effectuées pour l’Association des Anciens Elèves des Ecoles Normales et IUFM de la Meuse.
Pour cette évocation nous bénéficierons du concours de jeunes lecteurs qui ont bien voulu prêter leur voix aux modestes portraits de ces maîtres d’école qui, j’en suis bien sûr, auraient été heureux et fiers de les entendre.
Raoul TAPIN
Raoul TAPIN est né le 5 mars 1896 à AMANTY, une commune du canton de Gondrecourt-le-Château où ses parents étaient instituteurs.
Il est élève-maître à l’École Normale de Commercy, promotion 1912-1915.
D’abord blessé sur le front de Verdun au printemps 1916, il se porte volontaire pour l’Armée d’Orient et part à la fin de cette même année pour Salonique en Grèce. Il sera bientôt porté disparu au combat et déclaré décédé vers le 1er juin 1917 à KRANI en Serbie. Il avait donc 21 ans.
Alors qu’il était soldat téléphoniste, il avait été cité à l'ordre de la brigade en ces termes : “Engagé volontaire, montre en toute occasion, une grande bravoure et n’hésite jamais à s’exposer ; s’est particulièrement distingué pendant les attaques du 25 septembre au 30 octobre 1915, en sollicitant les postes les plus périlleux.”
Il est décoré de la Croix de Guerre.
Jean AUBERT
Jean AUBERT est né le 4 janvier 1899 à VAUCOULEURS où son père Joseph était employé.
À l’École Normale de Commercy, il fait partie de la promotion 1915-1918 mais la guerre ne lui laisse pas le temps d’achever ses études.
Mobilisé soldat au 8ème Régiment du Génie, il décède des suites de blessures de guerre à BERTRIX en Belgique le 18 janvier 1919, alors qu’il vient tout juste d’avoir 20 ans et que l’armistice est signé depuis 2 mois.
Joseph BONAUD
Joseph BONAUD est né le 1er décembre 1884 à DOMMARTIN dans la Nièvre où ses parents étaient instituteurs.
Venu en Meuse comme instituteur, il est chef d’atelier à l’École Primaire Supérieure de MONTMEDY quand la guerre éclate.
Adjudant au 165ème Régiment d’Infanterie, il est fait prisonnier et décèdera le 21 juillet 1918 dans un lazaret (sorte d’hôpital où on isolait des malades contagieux) à MANNHEIM en Allemagne. De tous les maîtres d’école dont le nom est gravé sur le monument devant lequel nous sommes, il est le seul à être mort en captivité.
Marcel BOURDELANDE
Marcel BOURDELANDE voit le jour le 19 août 1893 à CHEVEUGES dans les Ardennes, où son père était marchand de fourrage.
Après ses études à l’École Normale de Commercy de 1909 à 1912, il exerce à l’École Primaire de Varennes-en-Argonne.
Il est Sergent au 120è Régiment d’Infanterie, quand il est tué devant l’ennemi, le 22 août 1914, à BELLEFONTAINE en Belgique, à l’âge de 21 ans.
Ce jour-là, moins de trois semaines après le début d’une guerre qui va durer quatre années interminables, 10 autres instituteurs meusiens mouraient aussi au combat.
Marie René GAUCHE
Marie-René GAUCHE est né le 25 août 1895, dans le canton de Spincourt, à SAINT-PIERREVILLERS où son père était cultivateur.
Il est élève-maître de l’École Normale de Commercy avec la promotion 1913-1915.
Simple soldat dans un Bataillon de Chasseurs à Pied, il est blessé dans la Somme en 1916. Ayant repris le combat, il participe à l’offensive de grande envergure, initiée dans les Flandres, par l’État Major anglais à partir de juin 1917. A nouveau gravement blessé, il décèdera dans un hôpital de ROUSBRUGGE en Belgique flamande, le 20 octobre 1917, à l’âge de 22 ans.
Il est titulaire de la Croix de guerre et de la médaille militaire.
Armand JANNIN
Armand JANNIN est né le 27 avril 1892 à AUBREVILLE, près de Clermont-en-Argonne. Son père, Adolphe, est briquetier (fabricant de briques).
Après ses études à l’École Normale de Commercy de 1908 à 1911, il est nommé instituteur-adjoint à Étain.
Adjudant au 151ème Régiment d’Infanterie, il est tué à l’âge de 22 ans, le 24 octobre 1914, en Belgique, au bord de la Mer du Nord, à l'ouest d'Ostende, dans la province de Flandre occidentale.
Aimé PRUD’HOMME
Aimé PRUDHOMME est né le 13 décembre 1892 à Neuville-sur-Orne, aujourd’hui Neuville-sur-Ornain.
Normalien de 1909 à 1912 à l’École Normale de Commercy, il est nommé ensuite instituteur-adjoint à Ligny-en-Barrois.
Sergent au 94ème Régiment d’Infanterie, il meurt pour la France le 5 septembre 1914 à DIXMUDE, au bord de l’Yser, en Belgique flamande. Il a 22 ans.
On peut voir son portrait encadré et un tableau avec la médaille commémorative dans un bureau du Collège Robert Aubry de Ligny-en-Barrois.
Henri RAMAND.
Henri RAMAND est né le 15 juillet 1890 à HARGEVILLE, aujourd’hui commune des Hauts-de-Chée où son père est instituteur.
Après ses études de 1906 à 1909 à l’École Normale de Commercy , il devient instituteur-adjoint à Vaucouleurs, puis à l’école Paulin-Gillon à Bar-le-Duc en 1911.
Il effectue son service militaire quand la guerre arrive.
Sous-lieutenant au 162ème Régiment d’infanterie, il est tué le 10 décembre 1914, près d’YPRES en Belgique. Il est cité à l’ordre du jour en ces termes : « tombé à la tête de sa compagnie, après avoir donné à tous le bel exemple d’énergie et de vigueur. »
Il avait 24 ans.
"grande bravoure", "bel exemple d'énergie et de vigueur"...
Tant de gâchis, 21 ans, 20 ans, 34 ans, 21 ans, 22 ans, 24 ans, la fleur de l'âge, de simples maîtres d'école, qui rêvaient d'un autre monde...